09 février 2011

MALALAÏ JOYA

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AU NOM DE MON PEUPLE

( article paru dans l'UNION PACIFISTE n°478, avril 2010)

   « Le pays d'où je viens est une tragédie qui se nomme Afghanistan », écrit Malalaï Joya.
   Après l'armée anglaise, l'armée russe. Après l'armée russe, l'armée américaine. Le peuple afghan souffre depuis plus d'un siècle des occupations militaires.
   « Nous sommes en ce moment sous « protection » de forces armées de quarante-deux pays et pourtant la guerre, la violence, la misère et les crimes sont notre lot quotidien » précise-t-elle.
   Si on veut comprendre comment toutes les troupes coloniales ont financé, armé et mis au pouvoir des criminels de guerre, en Afghanistan, il faut lire l'histoire de celle que l'on surnomme " la femme la plus courageuse d'Afghanistan ". Son témoignage, de l'intérieur même du pouvoir afghan, dresse un portrait précis de la tragédie que vit actuellement ce peuple.
   Aujourd'hui encore, traquée par les criminels de guerre qu'elle n'hésite pas à nommer, à dénoncer et à défier, Malalaï Joya, souhaite l'appui des pacifistes du monde entier pour faire pression sur leurs gouvernements respectifs et les obliger à retirer leurs troupes de son pays, afin de laisser les Afghans régler eux-mêmes leurs problèmes.
   « J'ai un peu plus de trente ans, je fais partie de la génération qui a vécu toute sa vie dans un pays en guerre. »
   Petite fille, MalalaÏ Joya est déjà contrainte à l'exil avec sa famille, dans un camp de réfugiés en Iran. Son père, étudiant en médecine, qui combat l'armée russe, a perdu une jambe sur une mine placée par des soldats russes autour des cadavres de moudjahiddins.
   Après les Russes ce sont les seigneurs de la guerre afghans qui provoquent la guerre civile et oblige sa famille à vivre dans un camp de réfugiés au Pakistan. C'est là que son père l'envoie à l'école Watan, « la seule où les réfugiés pouvaient envoyer leurs filles. Elle fonctionnait grâce au financement et au soutien d'une organisation clandestine, RAWA, l'Association révolutionnaire des femmes en Afghanistan, créée à la fin des années 1970 pour défendre les droits des femmes et les aider dans leur combat contre l'occupation soviétique ».
   Devenue militante pour l'éducation des filles, Malalaï, de retour en Afghanistan, crée une école clandestine de filles à Herat, puis à Farah.
   « Les femmes et les enfants furent les premières victimes de la guerre civile et celles qui souffrirent le plus. Au nom de l'islam, les femmes furent privées de leurs droits les plus fondamentaux. Beaucoup de chefs tribaux fermèrent les portes des écoles aux filles. Ils allèrent jusqu'à interdire le bruit des pas des femmes.
   On croit souvent en Occident, que l'intolérance, les violences et l'oppression, des femmes afghanes ont commencé avec le régime taliban. C'est un mensonge. Encore un rideau de fumée entretenu par les chefs de guerre qui dominent le gouvernement d'Hamid Karzaï, prétendument démocratique, soutenu par les Américains. »
   Malalaï Joya s'engage dans la défense des petites filles et des femmes de sa région.
   « Je disais aux femmes violées, tentées par le suicide: Donnons-nous la main. Les droits des femmes ne sont pas une chose dont on peut nous faire cadeau. Nous devons les conquérir, nous sommes seules à pouvoir le faire, et nous devons le faire ensemble.
   À ceux qui voulaient nous protéger avec des fusils je répondais que les armes n'étaient pas la voie à suivre, que ce n'était pas le meilleur moyen de parvenir à la paix et à la démocratie, et que, de toute façon, nous étions contre la guerre et la violence. »
   À la demande des habitants MalalaÏ Joya se présente aux élections.
   « Les habitants de Farah scandent « le temps des femmes est venu » parce qu'ils ont le sentiment que les hommes au pouvoir n'ont rien apporté de bon. »
   En 2005, elle est élue députée de Farah. Elle siègera deux ans au parlement avant d'en être expulsée parce qu'elle criait la vérité aux chefs de guerre "élus" Sayyat et Qanooni, dont Human Rights Watch disait dans son rapport de 2005, qu'ils avaient " les mains ruisselantes de sang ".
   « En tant que femme, je constitue un défi aux hommes les plus puissants du pays qui ne parlent que le langage des armes, et la grande majorité de mon peuple entend ma voix et lui fait écho.
   Ce que disait Meena, la fondatrice et martyre de RAWA « Les femmes afghanes sont comme des lionnes endormies. Lorsqu'elles se réveilleront... elles joueront un rôle terrible dans la révolution sociale afghane. »
   Nous ne sommes pas que des victimes passives, nous sommes capables de nous battre pour défendre nos droits. »
   Mais ce n'est pas ce qu'entendent les armées coloniales qui interviennent en Afghanistan après le 11 septembre.   
   « La cause des femmes sert de prétexte pour justifier et perpétuer une brutale occupation de mon pays.
   Le peuple afghan a été une fois de plus trahi par ceux qui prétendaient l'aider. Plus de sept ans après l'invasion américaine, nous sommes toujours sous occupation étrangère, et notre gouvernement, soutenu par les États-Unis, est noyauté par des seigneurs de la guerre qui ne valent pas mieux que les talibans. Au lieu de les juger pour crimes de guerre, les Américains et leurs alliés ont mis ces criminels endurcis en position de pouvoir, leur donnant tout loisir de terroriser le peuple afghan.
   La CIA a aidé Rashid Dostom, Qasim Sayyaf, Karim Khalili, Burhanuddin Rabbani, Qasim Fahim, le général Aril, le Dr. Abdullah, Haji Qadir, Atta Mohammad, Daoud et Hazrat Ali. Ne manquait que Massoud, assassiné quelques jours avant le 11 septembre. Sa place de chef militaire de l'Alliance du Nord avait été prise par son plus proche camarade, Mohammad Qasim Fahim, autre brute au passé ténébreux. Les médias occidentaux tentèrent à l'époque, de faire passer ces chefs de guerre pour des « forces de résistance et des libérateurs ». En réalité, pour le peuple afghan, ils ne valaient pas plus cher que les talibans. »
   Malalaï Joya dénonce sans relâche les responsables des souffrances de son peuple.
    « Citer le nom d'un chef de guerre c'est s'exposer à des menaces de mort.
   Je sais que mon refus de composer avec les seigneurs de la guerre et les fondamentalistes ou de tempérer mon discours dénonciateur me met en danger d'ajouter mon nom à la longue liste des Afghans morts pour la liberté.
   Pour me déplacer incognito, je dois me cacher sous la lourde burqa, à mes yeux le symbole même de l'oppression des femmes, un suaire pour vivantes.
   La burqua obligatoire avec les talibans... le seul point positif de ces longues robes bleues, c'est qu'on pouvait camoufler en dessous des manuels scolaires et autres objets prohibés.
   Pour les femmes privées de sécurité, d'emploi, de nourriture, des services les plus élémentaires et de système judiciaire pour les protéger du viol, le problème de la burqua est secondaire. »
   Malalaï Joya fait des propositions à ceux qui veulent aider le peuple afghan.
   « Que faire pour aider les Afghans ? Se tenir informé et adhérer à des groupes pacifistes qui s'efforcent de faire changer les politiques désastreuses.
   Les mouvements pour la paix constituent une menace à la fois pour les fauteurs de guerre, pour les fondamentalistes et pour les terroristes. Ne sous-estimez jamais l'importance du message que vous pouvez faire passer à votre gouvernement et au peuple d'Afghanistan.
   La toute première chose que la communauté internationale doit faire est de dire NON à la guerre menée par les Américains.
   Les gouvernements doivent exiger et contribuer à appliquer un vrai désarmement en Afghanistan.
   Avec l'aide des pacifistes du monde entier, je sais que les hommes et les femmes d'Afghanistan sont prêts à jouer leur rôle, à mettre fin à ce cycle de souffrance et à construire un meilleur futur. »

   Merci Malalaï Joya pour cette belle reconnaissance des mouvements pacifistes ! C'est vous qui auriez mérité le prix Nobel de la Paix à la place du président Obama, car comme vous le dites : « Obama ne paraît pas différent des précédents dirigeants de son pays. Si j'ai un jour la chance de le rencontrer j'essaierai de lui faire entendre le message : les Américains entretiennent un régime corrompu et une mafia de la drogue. »
   Vous avez raison quand vous déclarez : « La puissance ne fait pas le droit, la guerre ne fait pas la paix » et « Nous sommes capables de défendre notre indépendance, de nous gouverner et de déterminer notre propre avenir. »
   En tant que pacifistes français, demandons au président de la République de retirer ses soldats d'Afghanistan.
Bernard
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Au nom de mon peuple, Malalaï Joya, édition Presses de la cité, 2010.

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