09 février 2011

ABOLISSONS LES ARMES NUCLÉAIRES

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ABOLISSONS LES ARMES NUCLÉAIRES

( article paru dans l'UNION PACIFISTE n°479, mai 2010)

“ Hourra pour la France ! ” s’exclamait le général de Gaulle, le 13 février 1960, lorsque la première bombe atomique française explosait dans le ciel du Sahara.
Cinquante ans plus tard Dominique Lalanne écrit dans le bulletin pour l’abolition des armes nucléaires/Stop Essais :
   “ Une guerre nucléaire peut arriver en trente minutes. Par erreur. C’est certainement le plus grand danger actuel pour l’humanité... Qu'est-ce que « l’état d’alerte » ? Hérité de la guerre froide, il s’agit d’une procédure de tir qui prévoit qu’en cas de détection par un radar de l’arrivée prochaine d’un missile hostile, les tirs de riposte nucléaire sont déclenchés avant l’impact. La décision doit être prise en une vingtaine de minutes. Le tir de riposte part en deux minutes.
Cette procédure est toujours d’actualité. Les États-Unis et la Russie ont chacun 1 300 têtes nucléaires en état d’alerte. La France a enlevé le « ciblage » de ses missiles, cela rallonge de quelques minutes le délai de tir des 96 bombes de chaque sous-marin. ”
   Il faut ajouter à cela les 160 têtes nucléaires environ du Royaume-Uni, la vingtaine de missiles intercontinentaux de la Chine, équipés chacun d'une tête de plusieurs mégatonnes, les 200 têtes nucléaires environ dont dispose Israël, les 80 têtes de l'Inde, les quelques dizaines de têtes du Pakistan ainsi que les deux pays qui sont " au seuil", c'est-à-dire capables de produire une bombe dans un délai très bref : la Corée du Nord et l'Iran.
   Voilà un arsenal largement suffisant pour " vitrifier " la planète en quelques minutes et qui expose les populations du monde entier à un " suicide collectif " en cas d'utilisation.
   Face à cette menace un Traité de non-prolifération (TNP) a été signé en 1970 par tous les États de la planète, sauf ceux qui voulaient encore, à l'époque, l'arme nucléaire: l'Inde, le Pakistan et Israël. Ce traité, d'une durée de 25 ans, a été prorogé en 1995, indéfiniment.
   Du 3 au 28 mai 2010, se tient au siège de l'ONU, à New York, une Conférence d'examen du TNP.
   C'est l'occasion, pour toutes les Associations qui luttent contre le nucléaire, de faire entendre leur voix.
   La Campagne mondiale pour le désarmement nucléaire (ICAN, International campaign for the abolition,of nuclear weapons) demande l'adoption d'une Convention d'élimination. Elle s'appuie sur la délibération de l'Assemblée générale de l'ONU soumise au vote par le Costa Rica et la Malaisie.
   Le Collectif ICAN-France regroupe une cinquantaine d'organisations dont, bien sûr, l'Union Pacifiste de France et Armes nucléaires STOP.
   C'est au cours de l'Assemblée générale de l’association ARMES NUCLÉAIRES STOP (dont l’UPF fait partie), le 20 janvier 2010, que la décision de faire un dossier sur l’armement nucléaire de la France a été prise. Il s'agissait de trouver un moyen d'informer le plus précisément possible les médias et les citoyens sur l'état de l'arsenal nucléaire français et mondial aujourd'hui, de montrer les enjeux de la Conférence de l'ONU et de réfléchir sur le rôle que la France pourrait jouer dans cette réunion.
   Ce sont trois personnalités scientifiques spécialistes du nucléaire, libres et indépendantes, qui se sont chargées de la conception, de la rédaction et de la présentation de ce dossier : Dominique Lalanne, ancien directeur de recherche en physique nucléaire et corpusculaire au CNRS, expert en défense nucléaire depuis 1995, conseiller spécial auprès de l’Observatoire des armements. Dominique Lalanne a participé à toutes les conférences du TNP à l’ONU depuis dix ans.    Patrice Bouveret, co-fondateur et président de l’Observatoire des armements, créé en 1984 sous le nom de Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits (CDRPC), et Patrick Hubert, ingénieur électrochimiste de formation, membre de l’Éducation nationale depuis 1980.
   Ce dossier, intitulé La France et l'arme nucléaire, est aujourd'hui disponible. Il est d'une clarté et d'une richesse remarquables. Il apporte aux journalistes des données techniques précises et vérifiables. Il pose les enjeux de la Conférence du TNP et permet de suivre et d'évaluer l'évolution des discussions et des décisions qui seront prises à l'issue de la Conférence. Il fait même des propositions concrètes et réalistes pour la position de la France.
   Dans ce document de seize pages, qu'il faut lire dans son intégralité, je n'ai retenu que quelques points. Les lecteurs intéressés pourront commander le dossier à « Armes nucléaires stop », ou le lire sur Internet.

La dissuasion nucléaire
   “ La dissuasion nucléaire est justifiée par les théoriciens du ministère de la Défense. Mais il convient de prévoir deux scénarios, le cas où elle fonctionne et celui où elle ne fonctionne pas. Or, les partisans de la dissuasion nucléaire n’envisagent jamais le cas de non-fonctionnement, puisque dans ce cas le conflit aboutit à la destruction de l'agresseur et de l'agressé. Le concept de dissuasion appliqué à l'arme nucléaire est donc un abus de langage: il ne s'agit pas de "dissuasion" mais de « menace de suicide collectif ». Les études historiques montrent que seul le hasard nous a permis d’échapper — pour combien de temps encore ? — à ce risque insensé ”.

L’effet « Obama »
" L’arrivée à la présidence des États-Unis en 2008 de Barack Obama a changé la donne internationale en remettant le désarmement nucléaire à l’ordre du jour et de nombreuses associations se motivent pour relancer le sujet.
La loi française de reconnaissance et d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (en date du 5 janvier 2010) a aussi permis une sensibilisation de l’opinion publique.
D’autres composantes de personnalités, comme le mouvement « Global zéro », essaient d’exercer leur influence sur les dirigeants pour les convaincre de la nécessité d’un processus de désarmement nucléaire, évoquant la date envisageable de 2030.
Dans une tribune parue dans Le Monde du 15 octobre 2009, quatre personnalités françaises ont rejoint cette dynamique, Alain Juppé, Michel Rocard, Alain Richard et le général Norlain : « Les cinq puissances nucléaires reconnues par le traité de 1968 doivent engager un processus conduisant de manière planifiée au désarmement complet, y associer pleinement les trois puissances nucléaires de fait, écarter tout projet de développement d’arme nouvelle, prendre plus d’initiatives et de risques politiques pour surmonter les crises régionales majeures. »
   " Le leadership mondial des associations qui poussent au désarmement nucléaire est porté par le maire d’Hiroshima qui demande une élimination totale des armes nucléaires en 2020, à partir d’une programmation établie à la Conférence d’examen du TNP de 2010. ”

Déclarations du maire d’Hiroshima Tadatoshi Akiba
30 avril 2003
« Au nom de l’Humanité, nous demandons l’abolition totale de toutes les armes nucléaires partout dans le monde. Nous demandons qu’elles soient retirées de l’état d’alerte. […]. Nous demandons le démantèlement et la destruction de toutes les armes nucléaires, […] simultanément nous demandons le démantèlement de tous les vecteurs, des installations de production, des sites de tests et des laboratoires. »
3 mai 2005
« Notre but est l’abolition de toutes les armes nucléaires d’ici à 2020. Notre objectif intermédiaire est la signature d’ici à 2010 d’une Convention mondiale sur l’abolition des armes nucléaires ».

L'arsenal nucléaire de la France
   “ La France a toujours considéré que sa force nucléaire lui permettrait de conserver une place dans la cour des Grands.
Ainsi, le siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU avec droit de veto, lui serait garanti par la possession de l’arme nucléaire.
Le développement de la vente de technologie nucléaire civile est une des grosses préoccupations actuelles de la France. Du fait que l’organisme vendeur (Areva) est sous contrôle du CEA et donc du gouvernement, ceci lui permet de proposer en sous-main la technologie militaire (par des formations et des transferts de connaissance, ou même par des essais conjoints, ce fut le cas pour Israël). Il existe donc une réelle difficulté pour la France à modifier sa politique économique pour se situer dans une réelle dynamique de désarmement nucléaire et de non-prolifération. ”

   " L’utilisation de l’arme nucléaire est conditionnée par l’atteinte aux « intérêts vitaux ». C’est Jacques Chirac, président de la République, qui a été le plus précis dans la définition de ces « intérêts vitaux » en janvier 2006 dans son discours à l’Île Longue : « Par exemple, la garantie de nos approvisionnements stratégiques conséquences potentielles d’une agression, d’une menace ou d’un chantage insupportables à l’encontre de ces intérêts. Cette analyse pourrait, le cas échéant, conduire à considérer qu’ils entrent dans le champ de nos intérêts vitaux. »
   La détermination à utiliser en premier un tir nucléaire fait aussi partie de la doctrine officielle, si la notion de nos intérêts vitaux (volontairement floue) n’est pas correctement comprise par nos adversaires. Le discours de Nicolas Sarkozy à Cherbourg en mars 2008 est très clair : « Nous ne pouvons exclure qu’un adversaire se méprenne sur la délimitation de nos intérêts vitaux, ou sur notre détermination à les sauvegarder. Dans le cadre de l’exercice de la dissuasion, il serait alors possible de procéder à un avertissement nucléaire, qui marquerait notre détermination. Il serait destiné à rétablir la dissuasion. »
La notion de « sécurité » développée pendant la guerre froide est toujours en vigueur "

Le « désarmement » à la française
   " La France dit avoir pris des mesures de désarmement unilatéral dans les années 1990, mesures qui auraient dû inciter les pays non dotés à ne pas poursuivre leur programme nucléaire militaire. Les apparences sont réelles : démantèlement des sites de tir de Moruroa et de Fangataufa, en Polynésie, fermeture des usines de Pierrelatte (uranium enrichi) et de Marcoule (plutonium). Mais en parallèle à ces mesures de désarmement, la France a engagé des programmes de modernisation, en violation évidente du TNP, puisqu’il s’agit de donner de nouvelles missions aux forces nucléaires françaises (rayon d’action plus important du nouveau missile M 51, en remplacement du M 45). Ceci laisse à penser que les mesures de « désarmement » n’étaient en fait que des mesures pour éliminer les installations obsolètes.

Le cas de l’Iran
   " L’Iran est l’exemple actuel des pays qui préparent l’arme nucléaire en respectant le TNP. Car ce traité n’interdit pas l’enrichissement de l’uranium jusqu’à un niveau de 20 % (qui correspond à un réacteur de recherche), or l’Iran reste dans ce cas.
   Le nucléaire civil autorise le passage rapide au nucléaire militaire dès lors qu’un Pays dispose des techniques d’enrichissement par centrifugeuses ou de la séparation chimique du plutonium du combustible usé.
   Le risque dans le cas de l’Iran est de déclencher une course au nucléaire « civil » au Moyen-Orient, tous les pays voulant accéder au même niveau de « seuil »...
   Dans ce contexte, si les États dotés ne montrent pas leur volonté réelle de procéder au désarmement atomique — en adoptant le principe d’une Convention comme nous le demandons —, il semble probable que l’ancien empire perse, tôt ou tard, franchira le « seuil » pour s’affirmer comme État nucléaire. "

La mobilisation des antinucléaires
   " Dans la période récente, le milieu associatif a connu ses heures de grande mobilisation avec la crise des euromissiles à la fin des années 1980, puis lors de la reprise des essais nucléaires en 1995 par Jacques Chirac. Durant la dizaine d’années passée, l’opinion publique a eu tendance à considérer que le désarmement nucléaire n’était plus un problème d’actualité et les médias en conséquence en ont très peu parlé. ”
   “ Un ou plusieurs messages forts en faveur du désarmement nucléaire montreraient que la France se soucie de la sécurité internationale et de la paix dans le cadre d’un monde libéré des armes nucléaires. ”
   “ Nous incitons la France à jouer un rôle de premier plan pour rétablir la crédibilité des engagements internationaux qui favorisent la sécurité des peuples.
Pour cela, nous demandons à notre nation d’adopter le principe même d’une Convention de désarmement nucléaire et de s’en faire le promoteur. ”

   Plusieurs Associations se sont mobilisées en France : La flamme de l’abolition des armes nucléaires ou Le tour de France de l’abolition. Des marches et des actions symboliques et non-violentes ont été organisées partout dans le monde, notamment par notre ami Gilbert Nicolas, aux États-Unis.
   À l’Union pacifiste nous n’oublions pas que l’abolition des armes nucléaires n’est qu’une étape à l’abolition de toutes les armes, et nous soutenons toutes les actions qui dénoncent la politique française actuelle de prolifération de l’énergie nucléaire aussi bien civile que militaire.

Dominique Lalanne écrit aussi :
La bombe artisanale
“ Il faut souligner la « simplicité » de la fabrication artisanale d’une arme nucléaire dès lors qu’on possède un réacteur (séparation chimique du plutonium) ou des centrifugeuses (enrichissement à 95 % au lieu de 4 %).
Chiffres à connaître : un réacteur de type PWR 1GW produit 250 kilos de plutonium par an, soit de quoi faire une vingtaine de bombes ; une centrifugeuse sépare 30 grammes d’uranium 235 par an, avec 1 000 centrifugeuses il est donc possible de faire deux bombes atomiques par an.
   Pour des groupes terroristes, la solution la plus simple pour la fabrication d’une bombe nucléaire « artisanale » n’est pas de fabriquer une dizaine de kilos d’uranium enrichi ou de plutonium, mais plutôt de dérober ces produits dans des stocks existants ou lors de transports. Ces cas de vols ont déjà existé et le cas d’une bombe nucléaire terroriste n’est pas à exclure. ”

Et c'est pour cette raison que nous félicitons et soutenons nos amis de Greenpeace, qui multiplient les actions courageuses et risquées pour dénoncer les transports de déchets radioactifs au départ de la France et à destination de la Russie.
   Les pacifistes intégraux que nous sommes ne peuvent que s’engager totalement, aux côtés de toutes les autres Associations, pour la réussite de la Conférence de l’ONU.
Bernard
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La France et l’arme nucléaire, dans le N° 197-198, avril-mai 2010, Dossier édité par Armes nucléaires STOP, membre du Réseau mondial Abolition 2000, 114, rue de Vaugirard, 75006 Paris, courriel : armesnucleairesstop@orange.fr
Sites Internet : www.icanfrance.org www.mvtpaix.org www.greenpeace.org/france

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